Légendes couvinoises
Et si les Leus étaient des goules Une histoire que le grand-père de Stéphane Gravier, co-fondateur et premier président de la Maison des Jeunes des Leus, m'a un jour brièvement contée. Pas étonnant que les habitants Frasnes étaient craints. (Modifié le : 03/03/2010)
 Frasnes 002 Et si les Leus étaient des Goules ? Il y a longtemps de cela, Frasnes possédait un château fort dont il ne subsiste que l'un ou l'autre tunnel mais que d'aucun serait bien incapable de situer avec précision. Le château est disparu et, au fil des années, a été remplacé par toute une série de maisons en moellons de pierre taillés dans les roches des carrières avoisinantes ou probablement ramassé dans les ruines du château. La place-forte avait coupé le village en deux parties : le haut de la colline, vers le Nord-ouest, appelé l'Argoulet et le bas de celle-ci, vers le Sud-est, appelé les Breux. Au Sud-ouest, pointe une autre colline mais si l'entrée de ses entrailles donne sur Frasnes, elle fait partie du territoire de Petigny. Elle est percée mystérieusement par l'Eau Noire et le mariage réalisé ainsi entre l'eau et la roche a donné, au fil des siècles, une grotte que certains, intéressés par la géologie, disent "de l'Adugeoir" et que d'autres, intéressés par le tourisme et les affaires disent "de Neptune". Quoi qu'il en soit, ces trois lieux, d'après la légende, étaient habités par des êtres bizarres qui rendaient ces endroits très craints par les voyageurs et les commerçants qui venaient du Nord et se rendaient en France. Hormis ceux des grottes reconnus comme nutons, farfadets ou lutins ou encore plus simplement troglodytes et plutôt favorables aux humains, les autres habitants ont vite été surnommés "Les Leus" tant ils fondaient sur leurs victimes, comme des loups sur leurs proies et ne leur laissaient rien, même pas la chose la plus importante : la vie. L'existence et la réalité de ce qui va suivre n'auraient certainement pas existé sans les Sarrazins ou les Maures qui sont, c'est bien connu, montés jusqu'en Norvège, ont occupé une partie de la Grande-Bretagne et n'ont pas été simplement arrêté à Poitiers par Charles Martel, comme on veut bien l'enseigner dans les manuels d'histoire de Belgique. Or, des échanges entre habitants de pays divers et de quelle que manière que ce soit, apportent toujours de nouveaux éléments, qu'ils soient religieux, gastronomiques, coutumiers ou autres encore... Avec ceux du Nord de l'Afrique, du Sud de l'Espagne ou du Proche-Orient, ce sont ajoutés à nos histoires régionales, les contes de Mille et Une Nuits avec les Djinn, les Éfrits et autres diables comme les Ghul. Ce beau monde n'a fait qu'ajouter à nos Elfes et autres lutins, dragons et basilics qui hantaient les rêves des enfants mêmes les plus sages. Ils faisaient peur comme ceux du Croquemitaine ou du Vert Bouc. Les histoires racontées par les pèlerins et autres voyageurs de l'époque, échappés aux Leus de Frasnes, n'étaient pas des contes mais la narration de faits vécus. Il reste d'elles une histoire non encore rappelée mais longuement racontée jadis au coin du feu. Elle était quelque peu oubliée mais elle achèvera ainsi la légende des Grands Breux , des Grottes de l'Adugeoir et celle de Claire et Conrad du vieux château de Frasnes . L'histoire qui va suivre nous vient de Stéphane Gravier, un des fondateurs de la maison de jeunes "Les Leus". Il la tenait de son grand-père qui lui-même la tenait du sien et ainsi de suite. Écoutons-le. "Personne ne savait d'où provenaient les petits êtres monstrueux qui habitaient le dessus de Frasnes vers Boussu. Tout le monde imaginait qu'ils avaient été chassés des grottes pour diverses raisons qui auraient pu être une surpopulation, une révolte ou des accointances avec les gens de l'extérieur. Ils ne mesuraient guère plus de 140cm. Ils étaient velus et couverts d'un poil roux sale. Un nez aquilin, pointant entre deux yeux gris en amande cachés à moitié par des sourcils épais, divisait le visage en deux parties inégales. Leur bouche était formée de lippes charnues hérissée d'une grosse moustache tout aussi rousse que leur tignasse. Quand ils ricanaient, elles laissaient apparaître deux canines supérieures très développées qui devaient leur faciliter l'écorchage des viandes qu'ils mangeaient crues, disait-on. Alors que le bas du village avait déjà évolué vers des mœurs plus adoucies, probablement sous l'influence de religions venues du Sud, ceux du dessus étaient restés primitifs, hermétiques à tout échange avec l'extérieur. On racontait que parfois, ils changeaient d'apparence, qu'ils se transformaient en diables mais aussi en loups. Et si ce n'était pas tout à fait vrai, il y avait probablement un fond de vérité mais jamais vérifié puisque ceux qui s'aventuraient hors des chemins menant à Dailly et Boussu, de jour ou de nuit, ne revenaient jamais raconter ce qu'ils avaient vu. Ils disparaissaient corps et bien. Ces monstruosités de la nature adoraient une déesse venue de la lointaine Orient avec les Sarrazins. Et souvent, les habitants du bas de Frasnes, ceux des Breux, les avaient entendus de loin, dans leurs prières, l'appeler "Ghul". Mais était-ce une déesse ou simplement eux-mêmes qui se désignaient par "Ghul" ? Ce qui est certain, c'est que beaucoup plus tard, les érudits avaient découvert que "Ghul" en arabe désignait une créature monstrueuse du folklore Perse. La légende disait d'elle qu'elle pouvait, selon son humeur, se changer en hyène ou en femme. Elle affectionnait, disait-on, les cimetières, les fréquentant la nuit pour déterrer les cadavres mais aussi pour s'en nourrir. Si elle venait à en manquer, elle se saisissait d'êtres humains vivants pour boire leur sang et s'approprier de leurs pensées et de leurs savoirs. Mais, le plus souvent, elle faisait les deux. Et cela leur ressemblait. Donc, ils adoraient "Ghul" ou étaient probablement "Ghuls" eux-mêmes. On racontait le soir, dans les chaumières à flan de colline ou dans les Breux que lorsqu'ils attrapaient une victime, ils l'égorgeaient et buvaient son sang, comme quand on tuait le cochon avant les fêtes de Noël. Personne n'avait jamais constaté sur place, surtout que cela se passait les nuits de pleine lune, mais tous avaient entendu des hurlements affreux de souffrance qu'amenaient les vents d'Ouest. C'est à peine s'ils osaient alors, calfeutrés dans leurs couches, respirer, de peur d'être entendu. Ils se ratatinaient dans leur couette, se serraient les uns contre les autres pour mieux frémir, et attendaient l'aube avec anxiété. Le matin, ils restaient perplexes devant les rus de sang qui dégoulinaient du haut du village vers les marais. D'année en année, ces massacres étaient devenus de plus en plus fréquents si bien que les marais des Breux s'étaient teintés de rouge, qu'un dragon en avait pris possession et terrorisait lui aussi les gens du bas du village en même temps que ceux du dessus prenaient de plus en plus d'assurance. Ils ne se gênaient plus de leurs orgies sanguinaires. Après l'une ou l'autre de celles-ci, ils descendaient en riant et en dansant dans les rues de Frasnes. Ils avaient les yeux hagards, comme ivres de leurs libations sanguinaires. Leur faciès, déjà pas beau en temps ordinaires, était alors transformé à en devenir hideux et grimacier. À leur approche, les gens du bas s'enfermaient dans leur maison n'ayant d'autres recours que de susurrer des prières à leurs dieux pour demander protection et les défaire d'une trop grande pression. Si un du haut frôlait une masure, son habitant murmurait revanchard mais le plus bas possible, de peur d'être entendu : "Sale goule !" Or, avec le temps qui passe, les moments de joie augmentaient et ceux des angoisses diminuaient. La descendance des gens du dessus s'amenuisait et le grand souci annuel de ceux du bas qu'était le rituel macabre de calmer le dragon des Grands Breux en lui offrant une victime innocente avait trouvé un heureux épilogue. Ceux du bas s'étaient même affranchis et ne se privaient plus de désigner ceux du dessus du village comme provenant de 'l'aire des goules". Avec le temps et la paresse du langage, l'appellation s'était réduite à "l'are goule" pour se transformer plus tard en "are-goulette" puis devenir "argoulet", terme utilisé de nos jours. La légende voudrait faire croire que ceux du bas, tellement habitués aux cérémonies funestes organisées par ceux du haut, avaient pris habitude aux massacres et, quand le sang coulait à flot vers les marais, finissaient par en boire aussi et même à en faire du boudin. Heureusement, l'évolution des mœurs aidant, les influences des uns sur les autres, le mélange des races, des idées, des religions, des croyances ont finalement adouci la soif du crime et du sang et surtout les horreurs perpétrées les nuits de pleine lune. L'or et l'argent étaient devenus le but essentiel des activités des deux communautés. Seuls les bourses et les marchandises des voyageurs fortunés les intéressaient encore. S'ils ne faisaient toujours pas de quartier avec les biens de leurs victimes, ils ne s'abreuvaient plus de leur sang et ne les massacraient plus. Ils espéraient tout simplement les voir repasser encore pour mieux les dépouiller ensuite. La réputation, la cruauté et la rapacité des habitants de la colline, du bas ou du haut, étaient si grande que seul le surnom de "Leu" est resté. Et, il faut le dire, les gens de Frasnes, même s'ils ne sont plus des tire-laine, arborent encore de nos jours et fièrement leur spot !"
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